C’est pas Geek, c’est pour le Clic : Adieu Les Cons et bonjour le malaise

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« CPGCPC », une rubrique destinée au côté non Pop de la Culture et à racoler pour quelques clics en plus. Merci qui ? Merci Adieu Les Cons !

Au fil des films, Albert Dupontel a su se construire un sacré CV derrière la caméra avec un univers bien à lui où les laissés-pour-compte brillent au sein d’un système déréglé. Forcément, Adieu Les Cons, sa cuvée 2020, était fortement attendu. Et quand on lit les critiques dithyrambiques, il semblerait que le film tienne ses promesses. On a droit à desmeilleurs films de l’année, “sublime”, “maestria technique” ou encore “Albert, toi, moi dans un lit en octogone sans protection”. Sauf qu’il y en a un, dont je tairais le nom, mais ça commence par “m” et ça finit par “oi”, qui a décidé de mettre le doigt là où ça fait mal, et ce n’est pas le nombril.

Avant de commencer à fusiller, il faut néanmoins faire preuve de bon sens et souligner que oui, Adieu Les Cons montre que Dupontel reste l’un des meilleurs réalisateurs et conteurs d’histoire français actuels. Avec son regard décalé, il parvient à nous offrir un long-métrage qui se veut aussi absurde que touchant, tant il aime jouer sur les genres et les styles. Il est autant drôle, amer, cynique, ironique quand il dépeint un système défaillant qu’il peut être tendre, élégant, et poétique quand il s’intéresse à ses personnages que la vie rejette. Quant à Virginie Efira, on ne dira jamais assez de bien de son talent.

Voilà pour ce qui est de faire comme tout le monde, mais en moins bien écrit. Pour la suite, attention, ça va spoiler.

Adieu Le Con

Oscar Pistorius peut en témoigner, une erreur de parcours et c’est tout le reste qui s’écroule. Il suffit d’une séquence pour que Dupontel fasse une sortie de route fatale. Une séquence dont on ne parle que trop peu, comme si, au mieux, il fallait la noyer dans l’océan de qualités que représente le film, ou au pire, la valider dans une pensée globale de son auteur, le déviant génial. Non seulement je ne la valide pas, mais elle aura réussi à me laisser un sale goût dans la bouche qui perdure bien après le générique de fin.

Suze (Efira) retrouve son fils et découvre qu’il est malheureux. Il faut dire que le pauvre petit bonhomme ne sait pas s’y prendre avec les femmes. Il ne trouve donc rien de mieux à faire avec sa collègue qu’il aime de lui envoyer anonymement des fleurs, des poèmes et d’habiter près de chez elle, histoire de la croiser ou de prendre le même métro, évidemment sans lui dire.

Soyons clairs. C’est malsain, c’est illégal et ce n’est absolument pas une preuve d’amour. Il n’y a rien de beau ou de romantique dans ces gestes et la demoiselle aurait raison d’appeler les flics.

Des agissements condamnables que le réalisateur doit condamner. Surprise, il les valide. Ainsi, c jeune homme ne doit pas répondre de ses actes puisqu’ils découlent de ce que le système malade a fait de lui : un déviant. Et c’est justement eux qu’affectionne Albert Dupontel. S’en suit une scène où ce dernier parvient à les coincer dans un ascenseur. Là encore, elle n’aura pas son mot à dire. Suze va alors expliquer à son fils par l’intermédiaire du bouton d’appel que ce n’est pas grave d’avoir peur et qu’il faut prendre son courage à deux mains pour se laisser aller à l’amour. La jeune fille entend tout, comprend et avoue qu’elle s’en doutait et qu’elle aussi elle a des sentiments pour lui. Happy End pour nos tourtereaux.

NON ! On ne peut pas cautionner ce genre d’acte, excuser ça par de la simple peur du rejet et sous-entendre que ça peut bien finir. Le message renvoyé par Adieu Les Cons est tout sauf défendable, même sous le prisme de critiquer ce que le système fait de nous. La scène est importante pour l’évolution de Suze et je ne suis pas pour la censurer, mais il aurait fallu qu’elle s’accompagne d’une remise en question, d’une critique de l’acte. Non, ici s’en devient presque banal, simple passage pour faire avancer le scénario (l’acte, pas la scène).

Je ne me veux pas défenseur d’une certaine morale. Je m’y refuse ; même lorsque ce que je vois va à l’opposé de mes principes, comme ici. Mais il y a des choses qu’on ne doit pas passer sous silence et j’ai l’impression que l’engouement général pour Adieu Les Cons parvient à éviter le sujet. J’aime mettre les pieds dans le plat, surtout quand celui-ci est un peu rance.

See you, Space Cowboy !

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Avant j'écrivais des trucs intéressants.

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