Fast & Furious : Hobbs & Shaw – quand sommes-nous devenus des Bisounours ?

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Si, comme moi, tu es né avant les années 2000, tu as connu un monde de Boys Bands et de films d’action qui n’avaient pas peur d’un peu de sang et d’insultes qui tachent. Reliques du passé désormais réduites à être des exceptions face à Fast & Furious : Hobbs & Shaw et consorts qui ne choqueraient même pas ta grand-mère.

Dans une file d’attente d’un cinéma, un gamin, 7 ou 8 ans grand max, aperçoit la bande-annonce de Fast & Furious : Hobbs & Shaw et s’enthousiasme auprès de sa mère. Normal, il a déjà vu le reste de la saga et il y a Dwayne Johnson, le héros de Jumanji. Les billets sont déjà réservés pour toute la famille. Histoire vraie.

Depuis quand les actioners de gros bras sont devenus des films familiaux ? Certes, nos amis Arnold Schwarzenegger et Sylvester Stallone n’ont pas été les derniers à vouloir plaire au plus grand nombre, mais quand ils faisaient parler la poudre, il pleuvait souvent du sang et on apprenait de nouveaux mots à balancer dans la cour d’école. Même les dessins animés du Club Dorothée, pourtant censurés à l’image de Ken le survivant, n’excluaient pas la violence – ce n’est pas Ségolène Royal qui dira le contraire – avec de vrais méchants bien sadiques (coucou Freezer). On a grandi avec et, corrige-moi si je me trompe, on ne peut pas dire qu’on soit une génération plus violente qu’une autre. Nombreuses sont les œuvres, surtout vidéoludiques, qui ont eu droit à des procès d’intention comme autant d’incitations à la brutalité. Désolé, j’ai beau avoir lu Dragon Ball, regardé Commando et joué à Mortal Kombat dans ma jeunesse, je n’ai pas plus envie de frapper mon prochain que n’importe qui, même si parfois il le mérite.

Paix et félicité Hobbs & Shaw !

Tout ça pour dire que quand je jette un œil sur ce que regardent les mômes aujourd’hui (attention généralisation facile), je n’y trouve plus la dureté émotionnelle d’un Rémi sans famille ou la noirceur d’un Batman : The Animated Séries. Quant aux vilains, ils sont désormais plus comiques qu’autre chose. Un constat qui se prolonge à Fast & Furious : Hobbs & Shaw, promesse d’un plaisir coupable de bourrins qui sentirait bon le retour aux actioners des années 80-90.

Sauf qu’à l’arrivée, et même si on peut y trouver facilement son compte tant le spectacle se montre généreux, on assiste à des chamailleries entre grandes gueules, petits bras. Malgré toute l’affection que j’ai pour Dwayne Johnson et Jason Statham, les deux s’invectivent avec la virulence de deux gamins de primaire. Chacun de leurs échanges, très longs par ailleurs, peut se résumer par « t’es rien qu’un pas beau ! ». Quant aux séquences de bastons, elles provoquent autant de blessures qu’une écharde dans le doigt.

De là une question simple : vivons-nous dans le monde que décriait Demolition Man ?

« On est en 2032, ce qui nous fait deux-zero-trois-deux, c’est le 21eme siècle ! Et le monde est peuplé de couilles molles, c’est un remake de la petite maison dans la prairie avec des genres de pédales en robe longue… »

Simon Phoenix – Demolition Man

Bienvenue dans un monde où la violence est mesurée et où chaque gros mot nous vaut une amende pour infraction au code de moralité du langage. Quand on a, en têtes d’affiche, deux des plus grosses stars d’action actuelles, on veut que ça envoie du pâté de campagne bordel de merde ! Pire. Même les acteurs finissent par se transformer en caricatures. Un rapport du Wall Street Journal nous apprend que le trio de chauves de la franchise (nos deux héros ici présents et Vin Diesel) ont chacun des exigences dans leurs contrats pour éviter de prendre trop de coups ou en donner autant que ses camarades. L’idée : préserver l’idée d’invincibilité de l’acteur et surtout… soigner son égo. En gros, ils ne peuvent pas perdre et rien ne peut sérieusement les blesser. John McClane doit bien rigoler. En 2019, il semblerait que seuls Tom Cruise et Keanu Reeves, pardonne-moi l’expression, aient encore des burnes sur grand écran.

Deux univers inconciliables ?

Après, il ne faut pas se mentir, Fast & Furious : Hobbs & Shaw n’avait aucune intention d’être classé R-Rated. La franchise n’a jamais dépassé son cadre du tout public et, malgré les muscles, The Rock lui-même s’est toujours positionné comme une figure héroïque pour enfants. On ne pouvait donc pas espérer plus de violence de la part de celui qui jouait dans Fée malgré lui en 2010.

Deux salles, deux ambiances…
© 20th Century Fox / Sony Pictures

À la même période, Jason Statham remplissait la morgue dans Hyper Tension 2. C’est peut-être là que le bât blesse. Ce spin-off réunit deux icônes qui ont l’habitude d’un public différent et il n’y a pas plus frustrant de voir Chev Chelios se retenir de faire dans le sonore et le dégueulasse, s’alignant logiquement sur son collègue et sur la franchise. Le métrage réveille en nous (en moi) la nostalgie de l’actioner sans filtre d’un côté, qu’on aurait bourré de censure de l’autre. Mon coup de gueule anti-Bisounours n’est au final qu’une réaction à un rêve de sang et de sueur brisé.

“Soyez heureux.
– Soyez enculé et regardez Demolition Man (dispo sur Netflix)”.

See you, Space Cowboy !

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Avant j'écrivais des trucs intéressants.

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