Manga : adaptation américaine vs adaptation japonaise, qui gagne ?

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Normalement, rien qu’en lisant le titre tu devrais lever ton sourcil interrogateur (souvent le gauche), certain(e) que tu es qu’en terme d’adaptation de manga, les Japonais comprennent cent fois mieux leurs œuvres que les Américains. Grave erreur Philibert, grave erreur.

Pour tout être doué d’un minimum de 2 sens, à savoir la vue et l’ouïe, des adaptations de manga telles que Dragon Ball : Évolution ou le Saint Seiya de Netflix donnent envie de crever par ingestion de verre pilé. Personnellement, dès que j’entends reparler du projet hollywoodien Akira et des séries live One Piece / Cowboy Bebop par la plate-forme de streaming, je me mets en position fœtale et j’écoute Dido.

Pourquoi tant de haine ? Parce que l’appropriation américaine de la culture japonaise n’aura eu de cesse de prouver son manque de compréhension du matériau original, transposant trop souvent pour que le petit Ricain biberonné au soda se sente plus proche de ses héros. C’est comme ça que Seiya finit par faire du skate. L’idée étant de rendre des concepts étrangers accessibles ou “dans l’air du temps”, même si on perd tout ce qui faisait le succès de l’œuvre au passage. Il faut dire que dans ce processus de transformation, nos petits génies de l’autre côté de l’Atlantique se contentent souvent de récupérer les grandes lignes sans analyser vraiment la pensée du manga. Surprise (ou pas), il ne suffit pas de transposer 2-3 plans iconiques pour saisir tout ce que l’oeuvre raconte. En poussant la métaphore, on peut comparer l’adaptation américaine au Titanic qui ne verrait que la partie émergée de l’iceberg avec la finalité qu’on lui connaît. Le pire ? Ces films sont des échecs au box-office…

Et là Philibert, tu te demandes logiquement pour quelles raisons les Américains continuent leurs conneries ? La réponse est simple. 400 000. Soit le nombre moyen de manga vendus par mois aux États-Unis, sachant que le premier trimestre 2019 a connu une hausse des ventes de 16% (selon une étude du National Purchase Diary). Quand Dragon Ball Super : Broly est sorti en salles, il s’est placé directement numéro 1 du box-office U.S.. En bref, il y a un réel marché et que ça te plaise ou non, Hollywood n’a pas l’intention de l’occulter.

Le manga, cette galère…

A contrario, on peut penser que les Japonais réalisent de meilleures adaptations manga puisqu’ils sont dans le respect scrupuleux du modèle papier. Aucune sortie de route n’est autorisée mis à part quelques raccourcis narratifs dans un souci de durée. Ici on ne parlera donc pas de reprendre quelques séquences marquantes embourbées dans un flot d’inepties, mais de reprendre TOUTES les séquences marquantes, presque case par case.

C’est justement ce qui rend ces long-métrages encore plus mauvais : ce ne sont pas des adaptations.

Selon la définition du Larousse, une adaptation est l’action d’adapter une œuvre pour un public, une technique artistique différente.

“Oui, mais le manga et le film sont deux supports différents, c’est donc bien une adaptation”.

Tu te tais Philibert !

En soit tu as raison. Sauf que les Japonais envisagent leurs métrages comme un manga, ne jouant la différenciation que sur un changement d’action : on ne lit plus, on regarde. Le papier, par essence, est figé, il faut donc dessiner chaque émotion, voire les accentuer pour qu’elles ressortent. Il en va de même pour les looks, l’idée étant de pouvoir identifier chaque personnage immédiatement. Rien que par souci de réalisme, le live action se doit au contraire de faire preuve de subtilité. On est tous d’accord pour dire qu’on voit mal un acteur déguisé en Sanji (One Piece) faire un cœur avec son œil ou un autre jouant les cyborgs en slip. Ce qui peut faire le charme d’un héros dans un manga devient rapidement ridicule dès lors qu’on le transpose stricto sensu.

Presque chaque adaptation japonaise atteste dès lors du même souci : des acteurs en sur jeu dans des costumes ultra cheap. On a davantage l’impression d’assister à des productions d’amateurs sans budget qu’à de vrais longs-métrages calibrés pour de la diffusion en salles.

Le match entre les reprises américaines ou japonaises se joue ainsi sur un mot : la fidélité. Les premiers en manquent, les seconds n’en sortent jamais. Dans les deux cas c’est le spectateur qui trinque avec des objets filmiques malades qui font peine à voir, qu’on soit fan ou non.

Un partout, balle aux Français

Bien entendu, je parle ici de façon générale et heureusement des exceptions existent des deux côtés. Les Japonais nous ont par exemple servi une trilogie Kenshin avec une vraie ambition cinématographique. Quant aux Américains, Crying Freeman (co-production française, réalisateur français… tiens tiens) ou le récent Alita : Battle Angel démontrent qu’on peut transposer sans dénaturer.

À noter qu’histoire de jouer les chauvins, la France ferait peut-être figure d’exemple dans ce domaine. J’en veux pour preuve le Nicky Larson et le parfum de Cupidon de Philippe Lacheau. On peut lui trouver plusieurs défauts, mais il comporte à mon sens toutes les qualités d’une bonne adaptation : une compréhension de l’univers et des personnages, une histoire originale tout en étant fidèle, une volonté de réalisme (l’utilisation du marteau de Kaori / Laura) et de nombreux clins d’oeil sans tomber dans le fan-service bête et stupide. Si on se situe davantage dans l’adaptation du dessin animé du Club Dorothée, la présence de City Hunter est palpable du début à la fin. De quoi relancer la hype autour du projet avorté Cobra par Alexandre Aja.

See you, Space Cowboy !

Manga : adaptation américaine vs adaptation japonaise, qui gagne ?
© Onyx Films et Studio 37
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