Saint Seiya : pourquoi The Lost Canvas est mieux que l’original

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Difficile de récupérer l’univers d’un autre et réussir à dépasser son modèle. Pourtant, sur bien des points Saint Seiya : The Lost Canvas y arrive…

C’est l’heure de porter ses couilles et dire tout haut ce que je pense tout haut : oui, Saint Seiya : The Lost Canvas de Shiori Teshirogi est bien meilleur que le manga culte de Masami Kurumada dont il s’inspire. Voilà, fin de l’article.

Ça serait si simple, mais je te connais Philibert, je sais que ta soif d’apprendre est inépuisable et que te laisser dans l’obscurité de mon propos serait criminel. Alors je vais étoffer un peu, juste pour tes beaux yeux.

Pour commencer, je vais immédiatement apporter la nuance que tu attends : évidemment que The Lost Canvas n’est pas parfait, notamment en terme de chronologie des événements, et qu’il y a de nombreux soucis de cohérence avec le manga d’origine. Surtout que l’un n’aurait jamais existé sans l’autre. Logique, n’est-ce pas ?

J’oubliais une précision qui peut avoir son importance : Saint Seiya se compose de 28 volumes, 25 pour The Lost Canvas, sans compter les Chronicles.

Les failles de Saint Seiya…

Puisque je parlais de cohérence, il est bon de noter que l’oeuvre de Masami Kurumada n’était pas particulièrement exemplaire. Je me souviens de cette scène où, face à Poséidon, Seiya se prend sa propre flèche alors qu’il portait l’armure d’or du Sagittaire. Selon ses propres mots, sans cette armure, il serait mort. Ce qui n’empêche pas un Shiryû sans armure de se prendre, quelques secondes plus tard, la même flèche, comme si de rien n’était. Le pouvoir de la nudité sans doute.

Sans parler de LA grosse incohérence qui me fait toujours dresser les poils : le fameux “une même attaque ne marche jamais deux fois sur un Chevalier”. Dixit le mec qui balance 36 fois son météore jusqu’à ce que ça passe. Alors on peut me rétorquer “ça ne concerne que les Chevaliers d’Athéna”, mais premièrement : ce n’est pas précisé ; et deuxièmement : quand c’est une bataille entre Chevaliers d’Athéna, ils se finissent au chifoumi peut-être ?


La pierre bat la feuille

Autre point qui me pose problème : le traitement de ses héros. Certes, Seiya reste le personnage principal, c’est son nom en couverture. Sauf que le manga valorise par-dessus tout le travail d’équipe. Chacun réussit parce qu’il a le soutien et la confiance des autres. Seul, Seiya n’aurait jamais traversé les douze maisons du Zodiaque. Comme à chaque fois d’ailleurs. Ce qui n’empêche pas Saori de constamment snober les autres dans ses remerciements. Je pense que c’est pour ça que j’ai toujours trouvé Pégase détestable malgré lui.

Enfin, une petite pensée pour ces pauvres Chevaliers d’Or, élite de la hiérarchie dont on vantera la force à la moindre occasion avant de soit les tourner en ridicule (Masque de Mort, Aldébaran…), soit les laisser de côté. Typiquement le genre de personnages crée pour en faire des ennemis iconiques (l’arc des douze maisons reste le meilleur, de loin), dont l’auteur ne sait plus quoi en faire une fois ces derniers du bon côté. La preuve avec la partie Hadès.

Rappel des faits : la précédente Guerre Sainte n’avait laissé que deux survivants : Dohko et Sion. Autrement dit : les Spectres d’Hadès ne sont pas là pour rigoler en terme de puissance. Sur le terrain, le nombre de Spectres capables de rivaliser (sans parler victoire) avec un Chevalier d’Or se compte sur les doigts d’une main… Le second passage des douze maisons est justement là pour montrer que s’il n’y avait pas encore une lutte fraternelle, des Chevaliers comme Shaka pourrait vaincre les 108 Spectres les yeux fermés. Face à cet écart de force, Kurumada se débarrassera bien vite de cette épine dans le pied puisque seul Canon fera honneur à son rang.

… sont les réussites de Lost Canvas

Des injustices scénaristiques que Shiori Teshirogi s’emploie à réparer avec une force que son prédécesseur n’avait pas : un talent pour la dramaturgie.

Si Tenma, le nouveau Pégase, est au centre de l’attention, c’est parce qu’il est intimement lié à Athéna et Hadès par un passé commun. Ce qui explique aussi son absence de camarades ou presque. Tout tourne autour de ce trio d’amis d’enfance auquel le destin (ou pas) a joué un sale tour.

Dès lors, on change de paradigme : on ne parle plus de vaincre, mais de sauver. Ce n’est plus un camp contre un autre, la lutte se veut plus métaphysique, sur les notions de vie et de mort, de paix et d’humanité. Finalement, on perd le “devoir chevaleresque” pour s’intéresser aux hommes et femmes qui portent ces armures. Chacun ayant des raisons de se battre, des choses à protéger. Résultat, les affrontements prennent des tournures personnelles – à l’image de ce que subira Hyôga deux siècles plus tard – , opposant les corps, mais surtout les convictions, les âmes.

Conséquence directe : The Lost Canvas nous offre des combats dantesques où il est toujours difficile de prédire le résultat. Teshirogi semble même s’amuser à réparer les fautes commises sur certains personnages originaux. Chez les Chevaliers d’Or, Masque de Mort se tourne en ridicule ? Manigoldo s’attaque directement à Thanatos. Aphrodite ne pense qu’à lui ? Albafica se sacrifie pour les autres. Aldébaran perd chacun de ses combats ? Rasgado terrasse de nombreux ennemis. Même Athéna se montre bien moins passive et demoiselle en détresse… Chez les Spectres, il ne faut pas compter sur les juges et les officiers de haut niveau pour périr sans rendre la pareille. On peut le dire, chacun pue la classe, l’honneur est sauf pour tous et les natifs du Cancer n’auront plus honte de leur Chevalier d’Or.

Enfin, comment ne pas glisser un mot sur Kagaho du Bénou, l’un des personnages les mieux écrits du manga, dont l’évolution amènera à un bel hommage à un futur Chevalier de Bronze.

Des enjeux parfois confus et un dessin peu énergique par moment empêchent peut-être The Lost Canvas d’atteindre le même statut culte que Saint Seiya. Mais son amour pour les personnages et sa capacité à nous raconter leurs histoires au travers leurs attaques lui permet de transcender son statut de spin-off. Qui sait, si l’un avait vu le jour avant l’autre, peut-être que le Saint ne serait pas Seiya…

See you, Space Cowboy !

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Avant j'écrivais des trucs intéressants.

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