Tenet : Christopher Nolan s’est-il enlevé une côte pour s’aimer lui-même ?

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On dit que Tenet est un film qui nécessite d’être digéré, voire vu deux fois. Je l’ai bien digéré et je n’ai aucune envie de me le farcir une seconde fois, la faute à un Christopher Nolan trop nolanisé.

Catapulté sauveur du cinéma, d’Hollywood et du monde, Christopher Nolan ne s’est pas laissé aller à la pression et a sorti son Tenet en toute décontraction. Qu’importe si les critiques ne sont pas dithyrambiques et qu’à domicile, le box-office fasse grise mine – poussant l’ensemble des studios à regarder attentivement 2021 pour y balancer leurs sorties -, le bonhomme doit de toute évidence être très satisfait de lui-même ; seul un égo surdimensionné aurait pu pondre ce film.

Inutile de faire preuve de mauvaise foi, le réalisateur reste un sacré metteur en scène et a du talent dès qu’il s’agit de nous sortir des concepts qui nous retournent le cerveau. Tenet ne fait pas exception et il nous maintient dans son délire sans qu’on pique du nez (le calibrage sonore s’assurant qu’on n’y parvienne pas de toute manière). Néanmoins, le long-métrage m’a agacé au plus haut point parce qu’un sentiment m’a habité tout du long : j’étais entrain de me faire pigeonner.

Lorsqu’on enlevait le visuel d’Avatar, on se rendait bien compte que le scénario était au final extrêmement basique. Demeurait alors le côté divertissement qui continuait à en mettre plein la vue. Pourquoi ? Parce que derrière on retrouve James Cameron et qu’il a toujours pris soin de nous entraîner dans ses univers futuristes de manière claire et précise. On a tous compris Terminator et ça nous empêche pas d’y trouver encore de nouvelles choses à dire. De même chez les réalisateurs plus fantasmagoriques comme David Lynch. Qu’on adhère ou non à ses rêves perchées, il laisse nos sens démêler le vrai du faux, de telle sorte que chaque visionnage nous donne à voir une œuvre différente.

Tu ne mérites pas Christopher Nolan

Christopher Nolan aussi à son propre truc : les apparences. Rien n’est jamais ce que l’on croit et nos convictions sont constamment remises en doute jusqu’au twist final. À ce titre, je te conseille Le Prestige, film qui personnifie le plus justement son cinéma. La mémoire, le temps, les rêves, le cinéaste se plaît à briser la linéarité de certains concepts pour nous amener à réfléchir autrement. Grand bien lui fasse, puisque, tel Cameron, il prend toujours soin de ne jamais partir trop loin de son spectateur, de sorte qu’on voyage avec lui et qu’on profite du spectacle ; nous chamaillant sur des détails (la fin d’Inception), mais pas sur la qualité de l’œuvre en générale.

Jusqu’à Tenet.

Comme si Nolan en avait eu marre de nous tenir par la main, le voilà qui pousse tous les curseurs en mode Nono l’Embrouille. Pas que Tenet soit difficile à suivre si on y fait bien attention, mais le réalisateur s’entête à vouloir nous perdre, quitte à sacrifier la cohérence de son film. J’ai eu cette désagréable impression qu’il espérait que je me sente idiot à la fin, presque pour me punir d’avoir compris ses précédents bébés.

Oui, Tenet est long et inutilement confus !

La première demi-heure du film nous entraîne ainsi aux quatre coins du monde, où les lieux, les personnages et les explications se multiplient. L’assaut à l’opéra, le briefing sur le bateau, l’application du temps inversé, le restaurant, Dubaï. Je n’ai pas eu le temps de cligner des yeux que j’ai vu cinq lieux, deux fois plus de personnages et autant de longs dialogues. Une succession rapide et radicale dont le seul but semble être de me perturber de telle manière qu’en quelques minutes je ne sais même plus pourquoi notre espion fait tout ça. Une confusion que l’on retrouve plusieurs fois dans le film. De la baston à l’aéroport dont la chorégraphie ne colle pas dans un sens comme dans l’autre à la guerre finale où l’endroit et l’inverse s’expliquent simplement avant de se confondre dans la mise en scène. Et histoire de prolonger le « plaisir », dès que notre héros commence à piger le truc, quelqu’un viendra forcément lui prouver le contraire. Chapeau diront certains, quel intérêt dirais-je.

Parce qu’au final le scénario ressemble à un James Bond où notre espion doit sauver le monde et sa belle d’un méchant russe joué par le plus anglais des acteurs. Quant au temps inversé, Doctor Who l’avait déjà fait et de manière bien moins ampoulée. Toutes les scènes entre l’Opéra et la rencontre avec Sator aurait pu être réduites à 2-3 séquences où les enjeux et le concept de l’inversion aurait pu être expliqués par un ou deux protagonistes qui auraient fait plus qu’une apparition éclair. Le réalisateur ne signe pas un film compliqué, il s’applique juste à compliquer son film encore et encore et encore…

Qu’il s’agisse d’Inception ou d’Interstellar, Nolan nous offrait un spectacle limpide, ne gardant que quelques clés à décoder soi-même. Ici, il s’applique à faire l’inverse, tel un génie frustré gêné qu’on parvienne à son niveau. En plein complexe de Dieu, il nous impose le châtiment de Sisyphe, repoussant le rocher dès qu’on parvient en haut de la montagne, tout en espérant qu’on continue d’essayer. Désolé, demain je ne peux pas, j’ai piscine.

See you, Space Cowboy !

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